« La forêt est un espace à la fois naturel et profondément transformé par l’humain. Elle est gérée, exploitée et pensée comme une ressource, notamment pour la production de bois. Pourtant, cette exploitation repose sur une logique de sélection où une grande partie de l’arbre est écartée car elle ne répond pas aux standards industriels. Cela soulève une question centrale : que laisse-t-on de côté dans cette logique de valorisation, et comment considérer ces chutes comme des ressources uniques ?
Cette recherche prend place dans la forêt d’Ermenonville, un territoire que je connais personnellement et qui est devenu un véritable terrain d’observation. À travers des rencontres avec des forestiers, des récoltes de bois et un travail photographique, j’ai cherché à comprendre les transformations de cet écosystème et la complexité du vivant.
Chaque arbre porte les traces de son développement à travers ses fibres, ses cernes ou ses ramifications. Il fait également partie d’un réseau plus vaste d’échanges souterrains entre les espèces, révélant que la forêt ne peut pas être pensée comme une simple addition d’arbres isolés, mais comme un ensemble de relations.
En observant les différentes étapes du bûcheronnage, mon attention s’est portée sur les éléments abandonnés : branches, fourches ou fragments de tronc. Ces formes irrégulières, considérées comme des pertes dans les filières industrielles, possèdent pourtant des qualités mécaniques et esthétiques propres. En travaillant directement avec leur géométrie naturelle, il devient possible d’imaginer de nouveaux assemblages et des objets qui respectent davantage l’histoire du matériau, ses fibres et ses transformations dans le temps. »



