« Tout a commencé avec la rencontre de Moly. Lors d’un cours d’accrochage pour une exposition, on nous expliquait comment et avec
quoi faire un accrochage. C’est là que j’ai rencontré la cheville Moly. Je trouvais sa forme très belle, autant que son prénom. On nous montra comment l’installer au mur puis la retirer. Arrivé à elle, on lui coupa la tête avant d’enfoncer le reste de son corps dans la pénombre du mur. À ce moment-là, j’ai ressenti une grande tristesse pour cette cheville qui, après avoir rempli sa fonction, est vouée à terminer dans l’oubli. Elle devenait une forme de l’ombre.
De cette rencontre est née une attention portée à toutes les pièces qui composent les objets sans jamais être considérées pour leurs formes. Une fois séparées de leur assemblage, elles perdent leur nom et leur fonction. Elles deviennent des formes. Ce projet cherche ce basculement : comment une pièce peut exister hors de son objet, et comment lui offrir une nouvelle présence. Les pièces forment une collection. Elles deviennent une matière de création. Ce n’est pas un réemploi, mais une collaboration : les pièces prêtent leurs formes pour faire naître de nouvelles silhouettes et les revaloriser à travers des objets scénographiques.
Quatre objets scénographiques donnent corps à ces formes. Le premier révèle une forme sous une cloche, passant de l’ombre à la lumière. Le deuxième révèle des parties habituellement invisibles, enfouies dans la structure des objets. Le troisième fait apparaître les formes dans une rotation continue, alternant entre apparition et disparition. Le dernier est un théâtre d’ombres où plusieurs formes se rencontrent et composent une silhouette éphémère. À travers l’ombre et la lumière, cette scénographie cherche à rendre visibles ces formes oubliées. L’histoire a commencé avec Moly tombant dans l’ombre d’un mur, aujourd’hui c’est cette même ombre qui les met en lumière. »




