« Cet ultime degré de l’ascèse se nomme Silence. Non point parce que son contenu est le suprême désespoir inexprimable ou la suprême joie ou l’espérance indicible. Non point parce qu’il est la suprême connaissance qui ne daigne pas parler ou la suprême ignorance qui ne le peut. Silence signifie : chacun, lorsqu’il a fini de servir dans tous les travaux, arrive au plus haut sommet de l’effort. Au-delà de tous les travaux, il ne lutte plus, il ne crie plus, il mûrit tout entier, silencieusement, indestructiblement, […]. » Ascèse, Níkos Kazantzákis, 1927
Kazantzakis, philosophe grec du XXe siècle, offre une approche qui transcende le cadre strictement religieux pour une lecture plus universelle. L’ascèse est un mouvement intérieur, une tension vers le dépouillement total de soi. Le Silence qu’il décrit n’est pas l’absence, mais l’accomplissement. L’état de celui qui, ayant tout traversé, n’a plus rien à prouver, rien à conquérir.
Une plénitude sans bruit.
Et c’est cette plénitude que j’ai cherché à comprendre. L’épure menant au calme.
Une épure non pas imposée, mais un geste volontaire et compris, appartenant alors à chacun de lire dans son propre silence.
Suite à ma rencontre avec le frère dominicain Marc Chauveau, je me suis rendu au Couvent de la Tourette. J’ai éprouvé dans ce lieu le dépouillement matériel, laissant place alors au spirituel.
Les cellules sont divisées en trois espaces, trois notions. À l’entrée de la cellule l’armoire et le lit, la dimension corporelle, reliée directement à l’Homme. Ensuite le bureau, la dimension intellectuelle, pour le travail, l’étude. Et enfin le carré de la méditation dans la loggia, pour la dimension spirituelle. Toutes sont ordonnées et ancrées dans l’espace et l’architecture.
Cette expérience m’a amené à reconsidérer le mobilier qui nous entoure, et à m’interroger sur la notion de mobilier essentiel. Les compositions que je présente sont l’essence de cette recherche.
L’espace d’usage en bois se lie à la structure en métal, l’équilibre est indissociable de l’ensemble. Chaque partie ne peut vivre sans l’autre, l’usage sans la structure, le mobilier sans l’espace, l’espace sans le vide, le vide sans un sens.
Peut-être est-ce là, dans cette alliance du peu et du juste que se joue l’essentiel.



