Renouvelé chaque année, le cycle de conférences interdisciplinaires des « Transformations contemporaines » aborde des enjeux contemporains à la croisée de l’art, du design, de la réalité de terrain et des défis écologiques et humains présents et à venir. Il permet la rencontre de praticien·nes, théoricien·nes et chercheur·es dont l’apport stimule la réflexion des étudiant·es et leur donne matière à créer.
Dans le cadre d’une nouvelle session organisée lundi 19 janvier 2026 à NEOMA, Axelle Grégoire et Emmanuel Ducourneau ont été invité·es à présenter à l’ensemble des étudiant·es de l’ÉSAD leurs travaux, sur le thème « Envisager le post anthropocène : la cartographie alternative ». Les échanges entre intervenant·es et étudiant·es en Master se sont poursuivis à l’ÉSAD à l’occasion d’ateliers de création.

Les conférences ont été modérées par Katherine Sowley, responsable de la recherche à l’ÉSAD.
« Terra Forma : des outils pour penser par la carte (matrices, données, récits) », par Axelle Grégoire
Le projet Terra Forma raconte l’exploration collaborative de différents territoires : des paysages monitorés, des paysages fantômes ou altérés, des paysages habités de microorganismes ou d’humains en lutte. De l’observatoire de la Zone critique du Strengbach aux monts du Forez, en passant par le bassin versant de la Seine, notre équipée a collecté des données hétérogènes, des paroles multiples, des imaginaires contradictoires. Cartographie alternative, cartographie potentielle, contre-cartographie : nous nous interrogerons ensemble, à partir d’une série de retours d’expérience, sur les moyens de se fabriquer des outils cartographiques pour l’action. Comment ne pas hériter des systèmes de cartographie traditionnels ? Comment déplacer la focale ? Quels seraient les enjeux d’une production cartographique à partir de données hétérogènes ou non conventionnelles ? Comment fabriquer un récit, personnel ou collectif, par une cartographie située, tournée vers l’action ?
Axelle Grégoire développe, au sein du Studio Omanoeuvres, des outils cartographiques et des protocoles d’ateliers participatifs inscrits dans une approche écologique appliquée aux contextes territoriaux. Ces actions, propres à chaque projet, mobilisent l’objet, le récit, l’image, le jeu et l’exposition. Architecte de formation, elle a un parcours croisé entre pratique et recherche, design et paysage. Elle travaille aujourd’hui sur des projets expérimentaux, notamment sur la représentation du vivant et sur des outils alternatifs pour la description partagée des territoires. Docteure du Muséum National d’Histoire Naturelle (Spécialité : écologie et conception) depuis 2024, elle partage aujourd’hui son expertise sur les modes de représentation et les façons dont le vivant reconfigure les outils de conception et les processus de projet. Elle est aussi la coautrice de Terra Forma, manuel de cartographies potentielles (B42, 2019 – MIT Press, 2022) et enseigne à l’école d’Art et Design de TALM-Angers en « Design d’espace et enjeux contemporains. »
« D’un robot industriel au dragon Cherokee », par Emmanuel Ducourneau
Dans le cadre du Programme d’Équipement Prioritaire de Recherche en Robotique Organique (PEPR O2R, France 2030), il s’agit de mener une matériologie profonde d’un robot industriel à travers une démarche cartographique intitulée « onto-cartographie ». Le premier composant exploré, et non des moindres, est le microprocesseur et/ou le microcontrôleur, présent à des degrés variables de sophistication non seulement dans les robots, mais aussi dans les appareils électroménagers, les téléphones portables, les automobiles, les satellites, ainsi que dans les systèmes militaires. Quelles réalités techniques, sociales, écologiques, politiques, géologiques, voire cosmiques, sont ainsi pliées dans un tel composant, aujourd’hui au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux ? Jusqu’où peut-on pousser l’exploration, menée de la manière la plus radicale possible, d’un élément technique de cette nature ? Vers quels mondes étranges et étrangers peut-il nous mener ?
Emmanuel Ducourneau est designer de formation. Il débute sa carrière au sein du groupe L’Oréal, où il travaille à la conception de mobilier commercial éphémère pour le marché du Travel Retail, entre le Royaume-Uni, le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen. Cette première expérience industrielle est suivie par la co-fondation d’une marque et de produits de parfumerie, développés à partir de savoir-faire mésopotamiens et ancrés dans des contextes culturels du Moyen-Orient. Il s’engage ensuite dans le milieu associatif, où il conçoit des dispositifs de médiation et de création de liens sociaux entre des communautés séparées par des frontières, en mobilisant l’art et l’artisanat comme outils de dialogue, notamment au Proche-Orient et dans l’Himalaya. Ces trajectoires l’amènent à entreprendre une thèse en anthropologie et en sustainable design, menée en collaboration avec la maison Hermès. L’ensemble de ces expériences constitue le socle du concept de « matériologie profonde », une discipline appliquée qui explore la complexité matérielle des objets, des infrastructures et des systèmes techniques afin d’orienter leur conception, leur production et leur gouvernance. Il applique aujourd’hui cette démarche au sein du Programme d’Équipement Prioritaire de Recherche en Robotique Organique (PEPR O2R, France 2030).